The farting princess

Je vis avec un colocataire et franchement, il est plutôt pénible. Si si, vraiment, sans vouloir le vexer. C’est le genre de type un peu rabat-joie qui a toujours quelque chose à redire. Alors on essaye de lui faire plaisir, on lui ramène des fraises, il adore ça, les dévore et en redemande avec son petit sourire. On revient avec un panier plein le lendemain et il n’en veut plus, nous pourrit la vie pendant un ou deux jours parce qu’on a eu l’audace de lui en ramener. Pourtant il les aimait bien hier. Mais pas aujourd’hui, et il vous le fait payer pendant des heures et des heures. Il ne vous lâche pas, il est pas du genre à laisser tomber. Vous avez prévu de passer un week-end au loin? Ouhlala, il va falloir vous y préparer un peu à l’avance. Il n’aime pas les surprises, il n’aime pas les changements. En fait il est tellement pénible que vous avez plutôt envie de rester avec lui à la maison.

Vous allez me dire, mais pourquoi elle continue de vivre avec?… Parce que ce type un peu pénible c’est mon intestin, et lui et moi c’est comme qui dirait pour la vie. Alors on se dit qu’on va apprendre à mieux le connaître, sauf qu’on ne peut pas vraiment, Monsieur a ses humeurs, vous comprenez. Et puis les petits cachets de cortisone il avait bien aimé au début, ça l’avait vraiment aidé à se canaliser, mais ça n’a pas duré. Mais bon, même si il m’énerve je l’aime quand même, j’y tiens même beaucoup. C’est juste que vivre avec lui c’est compliqué. Alors ces dernières semaines ça n’a pas été évident. Pas physiquement, mais dans ma tête. Il a fallu que je m’enferme un peu dans ma bulle pour réfléchir. Je n’ai pas une maladie grave comme un cancer ou une leucémie, j’ai « juste » la maladie de Crohn, je ne veux pas me plaindre. Mais si en fait. J’ai peur de l’avenir, j’en ai marre d’avoir l’air d’une anorexique à la moindre manifestation sociale, je passe plus de temps dans mes toilettes que n’importe quelle pièce dans ma maison… Ouch, c’était pas très glamour ça. Mais c’est la réalité et j’ai appris à l’accepter. J’ai fini de bouder dans mon coin, j’ai recollé les morceaux avec mon coloc’, on s’accepte un peu plus comme on est. Je ne peux pas vraiment dire que j’apprend à le connaître, Monsieur est plutôt bipolaire. Un jour il aime le fenouil, le lendemain c’est l’ennemi public numéro 1… Mais bon qui suis-je pour lui en vouloir? C’est qu’on a un peu le même caractère en fait.

Je suis une princesse qui pète. Je vis chaque jour toutes ces contradictions. J’ai toujours rêvé de perdre du poids et là j’avoue que finalement j’ai vraiment du mal à m’adapter à ce nouveau corps. A certains endroits j’ai l’os saillant, à d’autres j’ai encore de la cellulite. Tous ces kilos qui, je le pensais, me pourrissaient la vie, je les ai perdus. Mais en fait je ne m’attendais pas à ressentir ces émotions contradictoires. Et chaque jour je porte cette contradiction. Je me sens mieux, plus à l’aise avec tous ces kilos en moins, mais j’ai mal quand je m’asseois ou quand je m’adosse (ben oui, la graisse c’était plus confortable que mes os 😉 ).  Un jours je suis heureuse, je me sens belle et mince, le lendemain je me sens malingre et je regarde mes côtes saillantes avec un peu de dégoût. Et pourtant c’est comme ça, je fais avec, je m’accepte petit à petit. Dans cette société de l’image, avoir une maladie qui influe à ce point sur notre corps est plutôt déroutant. Pour certains je suis tellement mieux maintenant, pour d’autres je suis un peu trop mince. Les gens voient cette image de moi et jugent l’image. Sauf que je ne suis pas une image. J’ai arrêté de manger du sucre, réduit les féculents, fait l’impasse sur pas mal de fruits et de légumes. Les légumineuses et les protéines végétales pour moi c’est un peu le côté obscur de la force. Mon coloc’ les déteste. En fait j’ai souvent l’air d’une anorexique maintenant, mais vous comprenez, mon coloc’ n’aime pas vraiment manger ailleurs qu’à la maison, il a ses petites habitudes. Alors surtout ne m’en veuillez pas si je ne goûte pas à vos bons gâteaux, mais il faut bien que je prenne ses sentiments en considération… surtout si je ne veux pas passer les 3 jours qui suivent dans la plus petite pièce de ma maison. Certains jours c’est un peu comme si j’étais Harry Potter et lui Tante Pétunia. Il m’enferme dans mon placard et il n’y a pas grand chose que je puisse faire contre lui. Pas de baguette magique, Ollivander est encore en train de la fabriquer…

Mais bon, je ne suis pas là pour plomber le moral des troupes, c’est juste que, pour que les choses évoluent, que ce soit les diagnostics ou les traitements, il faut parler de la maladie de Crohn. Elle est pour partie génétique et elle est auto-immune. En fait votre coloc’ entre parfois dans une colère noire et il se défoule sur la nourriture. Il la croit responsable de tout et fait tout ce qu’il peut pour s’en débarrasser. Enfin voilà, vous n’avez pas besoin d’un dessin… Si?

Et tout ça m’a fait pas mal réfléchir sur moi-même, ce que je voulais de la vie. Je  suis cet être très contradictoire, heureuse de porter des pantalons en taille 38 mais qui n’aime vraiment pas tous ces os qui dépassent un peu partout. J’ai une maladie chronique et je suis une personne chronique. Un jour j’aime le noir, je lui voue une passion sans bornes et le lendemain je me découvre un amour fou pour le blanc. Je change d’avis tout le temps. Un peu comme mon coloc’, lui qui aimait tant les carottes râpées et qui maintenant les hait. Je change de passions et de projets comme de chemise et à chaque fois j’embrasse cette nouvelle vocation comme LA vocation, si si, cette fois-ci c’est sûr, c’est la der des der…

It’s been some time since we last spoke
This is gonna sound like a bad joke
But momma I fell in love again
It’s safe to say I have a new girlfriend

And I know it sounds so old
But cupid got me in a chokehold
And I’m afraid I might give in
Towels on the mat my white flag is wavin’

I mean she even cooks me pancakes
And Alka Seltzer when my tummy aches
If that ain’t love then I don’t know what love is

 

 

Bref vous l’aurez deviné, j’ai fini de bouder et j’ai un nouveau projet. LE projet, si si, je suis littéralement emportée par une vague d’enthousiasme irrépressible. Et puis en fait, si c’est pas LE projet c’est pas grave, mais ce qui est sûr c’est que c’est l’étape suivante, qui me mènera peut-être à autre chose ensuite, ou les choses s’arrêteront là et s’épanouiront petit à petit. En fait comment pourrais-je savoir, je suis comme mon coloc’, je suis chronique.

Donc si je fais le compte, je voulais faire de longues études et faire carrière et aujourd’hui je suis une femme au foyer d’un genre nouveau. Je voulais parler couramment le chinois et passer ma vie à voyager. Si si, c’était LA vocation. Ah non, en fait hors de la Vallée Perdue point de salut. Passer mon temps à voyager alors que j’ai tant de choses à faire ici?? Et puis j’ai eu des enfants. Je me suis passionnée pour la pédagogie Montessori, celle de Steiner,  je voulais ouvrir une école. Ah si, là c’est bon j’avais trouvé ma voie, LA voie… Euh non, en fait, aujourd’hui je suis plutôt convaincue que l’instruction formelle  et l’intervention des adultes dans les processus d’apprentissage est le poignard dans le dos de la créativité et de l’épanouissement. Euh bon, loupé, pour la vocation, on repassera… Et puis finalement il y a eu la laine, LA passion dévorante, débordante. Et aujourd’hui elle est toujours là, mais mon projet évolue. La laine reste mais elle n’est pas la Passion, elle est une passion. Le but de ma vie c’est de travailler avec mes moutons, être dehors. Enfin en tout cas ça l’est maintenant, après on verra bien… Donc mon projet évolue et j’ai hâte de partager avec vous les nouveautés mais pour l’instant CHUT, LE Projet est en marche et pour l’instant il est un peu timide 😉

Ay girl you know you special
Wanna jump through the phone
Give you beso
I wanna hold you tight, never let go
Cause your loves like magic, presto
Girl, let’s tangle up like a pretzel
Kama-Sutra loving baby let’s go
Girl I put you on a trance like Tiesto
But I ain’t talkin bout tech-techno
Girl you stole my heart like a klepto
Butterfly’s in my tummy need Pepto
Bismol baby give me more sex though
It’s you’re pleasure like I’m Geco
Girl will I stop loving you? Heck no!
Honestly I think you got me in a hex yo
When I’m with you it’s all perfecto

Bref je suis chronique, je change d’avis. Et puis j’apprends à vivre avec , à m’accepter comme je suis. J’apprend aussi à vivre avec mon coloc’, à tirer partie de ses petites humeurs. Avant je cherchais à faire des pâtisseries santé, sans gluten, sans lactose, sans sucre… sans plaisir comme le laissait entendre Fred (mais il est vraiment poli mon chéri, il ne me l’avait jamais directement dit). Maintenant je fais des gâteaux avec tout, beaucoup d’amour surtout. Alors c’est sûr, je n’en mange pas. Mais quel plaisir de travailler la crème fouettée, de sentir le beurre, le chocolat et tout ce sucre!! Des gâteaux 100% calories que j’ai tant de plaisir à faire et rien qui ne va sur mes hanches (non parce que ça c’est sûr, mon coloc’ n’a pas le bec sucré, et on a décidé qu’on ferait tout pour arrêter de se fâcher). Je m’adapte, je me construis une nouvelle réalité, de nouvelles façons de voir les choses. Parce que dans un gâteau, ce qui me plait avant tout, c’est le partage, en manger ce n’est que très secondaire (enfin certains jours j’essaye toujours de m’en persuader 😉 ).

WELL YOU ARE NOT AS YOU SEEM
YOU, IN FACT, ARE A DREAM
JUST LIKE THOSE FILMS THAT WE’VE NEVER SEEN
WHERE THE BLUES, THEY CHANGE TO GREEN

YOUR EYES TURN OVER LIKE SCENES
THE PAGES IN A MAGAZINE
“FACES OF BEN VEREEN”
“THE HISTORY OF FRENCH CUISINE”

Et sur ces paroles je conclue ce billet mi figue-mi raisin. Parfois noir, parfois blanc. Un peu de musique pour l’accompagner, des pensées déprimantes, mais surtout beaucoup de joie. Ces chansons je les écoute quand je cours, ce moment où je réfléchis, je philosophe sur ma vie, alors je voulais les partager en parallèle de mes pensées .  J’ai un nouveau projet, LE Projet? Qui sait… Au vu du passé je n’en mettrai pas ma main à couper, mais en même temps je suis SI sûre de moi… 😉

 

Despite a big loss, I’d bet it all
And fought blind against the world, Ray Charles
Y’all just halfway thoughts
Not worth the back of my mind
But to understand the future, we have to go back in time

Belle semaine à tous!

 

 

 

  9 commentaires de “The farting princess

  1. 5 juin 2016 at 22 h 10 min

    Hâte d’en savoir plus sur Ton nouveau futur projet … et même si je ne te connais pas depuis longtemps, je sais bien que ce ne sera pas le dernier ;-))
    Et sinon je pense à plusieurs vidéos que j’ai encore vu … un petit jeûne pour essayer de voir, qu’en penses-tu? Moins de céréales , plus de jus (si ça passe maintenant ???)
    J’espère qu’on se verra tout bientôt, et je t’envoie plein de courage pour supporter ton colocataire!!!

    • 6 juin 2016 at 11 h 10 min

      Merci!! Effectivement ça ne sera pas le dernier 😉
      Je vais chercher des infos sur le jeûne, merci!

  2. 6 juin 2016 at 16 h 29 min

    Bravo pour ce courageux partage. Je me sens moins seule pour le changement de projet de chronique, merci 😉 (un truc générationnel?)
    Quant à la maladie chronique je connais aussi (endométriose). Et je suis en phase de diagnostic pour une autre. Profitons des bons jours, et acceptons les autres. Les lapins sont de bons anti-douleurs, de même que les moutons :)

    • 7 juin 2016 at 11 h 21 min

      Eh eh oui apparemment moi je fais partie de la génération Y, la pire 😉 En tout cas tu as beaucoup de courage avec tout ce que tu fais!! C’est sûr que nos laineux/poilus nous apportent beaucoup <3

  3. Anne
    6 juin 2016 at 21 h 42 min

    Vraiment agréable de vous lire! Votre enthousiasme et votre humour sont contagieux.
    Mon amoureux vit aussi avec la maladie de Crohn. Dans la vingtaine on lui a retiré un morceau d’intestin. Depuis il fait très attention à ce qu’il mange. Mais au contraire des bruits qui courent sur le sujet, il privilégie les fruits et légumes. À 52 ans il se porte vraiment bien. Il a des épisodes de temps en temps de ce qu’il appelle ses indigestions. Mais il mène une vie très active.

    • 7 juin 2016 at 11 h 20 min

      Merci ça me rassure! Ça fait du bien d’entendre des témoignages positifs!! Il faut maintenant que je laisse le temps pour apprivoiser cette maladie et mieux vivre avec. Merci!

  4. 8 juin 2016 at 6 h 58 min

    Je te rejoins aussi sur les changements de projets, c’est pareil ici… Mais je trouve quand même que cela se stabilise chez moi depuis quelques années et que tout va dans la même direction… Pour ton colocataire, bon courage, je sais que c’est difficile et j’espère qu’avec le temps tu pourras l’apprivoiser… (moi j’ai rdv vendredi……). Gros bisous !

  5. Emilie
    25 juin 2016 at 16 h 01 min

    Bonjour, je lis vos articles avec grand intérêt.
    Je poste ce commentaire car j’ai lu que l’EFT avait de bons résultats sur la maladie de Crohn. Voilà, je découvre tout juste cette technique et en lisant cela j’ai pensé à cet article. Connaissez-vous cette technique ?

    • 25 juin 2016 at 17 h 53 min

      Je connais, mais je ne savais pas que ça pouvait aider dans ce cas, je regarderai, merci!

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