Se créer une vie dans la nature

L’été nous passons notre temps à l’extérieur. Les enfants profitent du soleil, jouent du matin au soir. Ils courent, sautent, grimpent, escaladent, dansent… Leur besoin de mouvement est totalement assouvi et on le voit, surtout lorsque leur petites têtes touchent l’oreiller dans un soupir de contentement.

Mais voilà l’automne qui arrive, les activités manuelles qui reprennent leur place et le temps passé en extérieur qui devient petit à petit une vie à l’intérieur. C’est ce que nous vivons chaque année, mais j’ai décidé de faire cesser ces changements saisonniers. Alors pas totalement bien sûr, on ne peut raisonnablement pas passer autant de temps dehors en été qu’en hiver ou en automne. Mais il est possible de garder une vie en extérieur plus importante durant les saisons froides, et ce sont les écrits de Charlotte Mason qui m’y incitent aujourd’hui.

“In the first place, do not send them; if it is anyway possible, take them; for, although the children should be left much to themselves, there is a great deal to be done and a great deal to be prevented during these long hours in the open air. And long hours they should be; not two, but four, five, or six hours they should have on every tolerably fine day, from April till October.”

Selon la pédagogue, un enfant devrait passer six heures ou plus dehors par beau temps et au moins deux à trois heures par mauvais temps. Ce moment est un temps que l’enfant prend d’abord pour assouvir son besoin de mouvements, mais aussi pour observer et se connecter à la nature qui l’entoure. Nous avons la chance de pouvoir aller en forêt chaque jour, mais pour une famille vivant en ville, un parc arboré est une bonne alternative. De plus, les citadins ont souvent de nombreux choix qui s’offrent à eux ce qui permet de varier les lieux et les activités.

Ce temps passé en extérieur ne doit en aucun cas être structuré. Charlotte Mason insiste sur l’importance de la présence du parent pour des raisons de sécurité évidentes, mais aussi car elle était persuadée que c’était aussi un moment important pour le parent ou l’éducateur.

En effet, comme je l’expliquai dans cet article, la pédagogie Charlotte Mason n’en est pas une d’éducation mais de co-éducation. Comme elle le rappelle souvent, l’enfant, à qui on présente un banquet d’idées, s’en nourrit et le digère à sa guise. Il n’y a pas d’éducation, seulement de l’auto-éducation. Dans ce cadre, le parent est lui aussi invité à ce banquet pour s’auto-éduquer tout au long de sa vie. Il en va de même pour la vie en extérieur. Et finalement c’est ce qui me plaît tant dans cette pédagogie, l’enfant n’est pas placé au centre, mais sur la même ligne que ses parents. Dans notre famille nous ne faisons rien exclusivement pour nos enfants, nous le faisons pour nous tous. Nous sommes des co-apprenants.

Dans ce cadre, la présence des parents à ces sorties est importante, mais absolument pas pour structurer ce temps. Charlotte Mason insiste énormément sur la place du jeu libre dans la vie de l’enfant et ces plages horaires en sont le terrain privilégié. Pour elle, le parent ne devrait jamais y emmener de livre d’histoires ou quoi que ce soit à partager avec les enfants, hormis le cahier de nature. Chacun est invité à passer ce temps librement et sans contraintes. Pour ma part j’emmène des livres que je lis personnellement, du tricot et toujours de quoi noter. Les parents ne sont pas de gentils organisateurs d’activités et les enfants profitent d’un large laps de temps non structuré pour jouer, bouger et observer la nature.

L’autre aspect intéressant de ces heures passées dans la nature est l’invitation à certains apprentissages un peu différents tels que faire un feu de camp, faire des noeuds, se servir d’un couteau, chercher du bois, construire un abri, etc… Ce n’est pas quelque chose qui est souvent mis en avant dans la littérature dédiée à Charlotte Mason, mais c’est pourtant un aspect important puisqu’il semblerait qu’elle ait influencée Lord Baden-Powell, fondateur du scoutisme. Dans le livre The living Page, on apprend qu’il a écrit:

 » We then made the discovery that boys, when trusted and relied on, were just as capable and reliable as men. Also, from experience of the Boy’s Brigade, I realised that men could be got voluntarily to sacrifice time and energy to training boys. Then my idea that Scoutism could be educative was strengthened also, through the following incident. General Lord Allenby was riding to his house after a field day when his little son shouted to him, « Father, I have shot you; you are not half a Scout. A Scout looks upward as well as around him- you never saw me. » There was the boy, sitting up in a tree overhead; but far above him, near the top of the tree, was his new governess. « What on earth are you doing up there » cried the General. « Oh, I am teaching him Scouting » she said. She had be trained at Charlotte Mason’s College for Teachers and they had been using my book, Aids to Scouting, written for soldiers, as a textbook in the art of educating children. « 

Dans cette citation, Lord Baden Powell explique qu’un général a retrouvé sa gouvernante perchée dans un arbre avec son fils pour lui apprendre le scoutisme. Celle-ci venait de l’institut de formation des professeurs créé par Charlotte Mason et là-bas le livre « Aids to Scouting », écrit à l’origine pour des soldats, était l’une des ressources concernant l’éducation des enfants. Ce passage nous montre l’importance de cette « salle de classe extérieure » ainsi que du rôle de la nature comme un professeur à part entière. Bien sûr, Charlotte Mason ne demande pas à tous les parents d’inscrire leurs enfants chez les scouts, mais bien de sortir avec eux et de pratiquer toutes ces activités nécessaires à la vie en extérieur.

Plus qu’une initiation au survivalisme, ces moments sont avant tout une occasion de cultiver l’habitude de travailler ensemble dans un but commun (allumer un feu pour manger ) et d’effectuer des tâches avec rigueur et concentration (ramasser suffisamment de bois). Il est plus facile d’inviter l’enfant à participer à des tâches communes dans ce cadre que dans celui de la maison où d’inévitables conflits ne manquent pas d’éclater. Dans notre cas Isaac rechigne parfois à mettre la table, mais jamais si il s’agit d’un repas devant un feu de camp ou bien d’un pique-nique. Enfin, et c’est à mon sens ce qui est important, ces sorties permettent de créer une véritable culture familiale autour de la nature et des souvenirs impérissables.

Alors concrètement comment faire? Je ne peux hélas répondre à votre place, mais je peux vous donner notre exemple qui pourra vous aider à trouver votre propre inspiration. Nos enfants passent déjà 3 à 4 heures par jour dehors tout au long de l’année (c’est à dire en hiver, au printemps et en automne) et souvent plus de 6 heures en été (sauf en cas de canicule). Mais en plus de cela, pour amener une plus grande culture familiale autour de la nature, j’ai mis en place des journées entières en extérieur. Pour l’instant je le fais plusieurs fois par semaine (dès que possible en fait) mais une fois l’été terminé, j’instaure un minimum d’une fois par semaine, même en hiver. Le but est de partir le matin, d’emmener un pique-nique et de randonner ou simplement profiter d’un endroit agréable sans promenade particulière (un lac, une clairière, une ruine de château, etc…). Je remarque qu’à force d’emmener les enfants pique-niquer j’ai réussi à réduire les contraintes logistiques et à devenir assez efficace dans mes préparations.

Mon accessoire indispensable est un sac de randonnée et des contenants en plastique voire de préférence en verre, pour limiter au maximum tout ce qui est jetable. Et sur ce dernier point je suis plutôt contente car nous arrivons à faire des pique-nique « zéro déchets » la plupart du temps. De plus, question nutrition, il est possible de vraiment varier les apports avec des sandwiches, des grillades, des salades, des soupes (dans une thermos pour l’hiver), etc… Les enfants peuvent participer à l’élaboration du menu, et préparer leur sac. Celui-ci, concernant Isaac et Sohan, contient toujours leurs couteaux, de la ficelle, leur cahier de nature, de quoi noter et colorier. Parfois ils emmènent de petits jouets mais la plupart du temps se contentent de ce qu’ils trouvent dans la nature. Je ne propose aucune activité, sauf celle de se réunir à un moment pour une histoire que je conte (c’est à dire sortie de mon imagination, je n’emmène aucun livre pour les enfants). Généralement eux-aussi se joignent à moi pour raconter leur propre histoire. Ils jouent et ils crapahutent, je lis et je tricote. Parfois ils me montrent quelque chose qui a éveillé leur intérêt et sortent leur cahier de nature. J’en ai aussi un et j’ai maintenant pris l’habitude de le remplir  régulièrement.

A côté de cela, nous nous efforçons aussi d’aller camper, non pas dans des campings, mais en forêt ou sur un terrain privé afin de profiter au maximum de la nature. Les enfants ressortent toujours grandis de ces immersions en forêt et c’est des moments que j’ai appris à beaucoup aimer quelle que soit la météo. Je me rappelle d’ailleurs d’une fois où nous avons campé pendant un orage totalement apocalyptique. Pendant que les éléments se déchaînaient nous avons passé un chouette (et froid!) moment en famille à observer les éclairs, sursauter au son du tonnerre et parler de Thor et son marteau. Pour le moment nous ne campons qu’en été, à la fin du printemps et au début de l’automne, mais je ne désespère pas d’arriver à le faire toute l’année un jour.

Voilà pour notre exemple qui n’est pas forcément idéal pour vous, mais c’est une façon de faire. A vous de trouver celle qui vous correspond pour créer vous aussi une culture familiale axée autour de la nature!

  6 commentaires de “Se créer une vie dans la nature

  1. 26 août 2016 at 20 h 40 min

    Je crois que c’est la première fois que je laisse un commentaire ici, mais j’aime beaucoup ce message. Difficile de faire passer autant de temps dehors à ma petite famille car ma dernière est encore jeune mais nous y aimons profondément y passer du temps, beaucoup de temps ! Mon rêve, pouvoir offrir un feu de camp à mes enfants, mais il faut que je trouve un terrain privé qui me le permette !!

    Merci pour ce beau message et mes pensées pour cette maladie qui semble bien difficile à vivre.

  2. 26 août 2016 at 20 h 54 min

    j’ai de merveilleux souvenirs de mes camps scouts dehors … de mes années d’équitation de 8h du matin à 20h passé au centre équestre, dans les champs ou au bord des ruisseaux … de mes semaines d’escalade en bivouac seul au monde!!
    Je ne peux que rejoindre tout ce que tu dis et nous nous efforçons aussi en hiver de passer encore beaucoup de temps dehors, j’espère réussir à transmettre cette passion de la nature aux files 😉
    Et lundi: pique nique Zéro déchet et opinels dans les sacs à dos 😉

    • 26 août 2016 at 21 h 16 min

      hi hi exact! Les pique-niques avec les copains ce sont les meilleurs!

  3. 26 août 2016 at 23 h 21 min

    Je te rejoints complètement sur la coeducation. Je crois que sinon on ne pourrait pas aimer faire l’ief, ou alors cela ferait naître un sentiment de privation. Lorsqu’on sort, je pense aussi à moi, à prendre un livre. Mon cahier de notes… Ainsi je ne m’ennuie pas et donc je ne regarde pas ma montre. Et chacun profite aussi longtemps que possible :-)

  4. 27 août 2016 at 21 h 37 min

    Ton article me parle tellement. Tout ce que tu viens d’écrire je le souhaite à ma famille. Ici aussi nous passons beaucoup de temps dehors. L’hiver dernier nous nous sommes très souvent promené du fait que Ezekiel ne dormait que dans l’écharpe. J’espère que nous trouverons du temps à passer dehors pour la période hivernale à venir. Notre petit dort principalement le matin et le grand l’après midi. L’emploi du temps est rythmé par les siestes. Mais une fois le même rythme de siestes pris nous pourrons reprendre le chemin de l’extérieur le matin. Les livres de Charlotte Mason me font très envie je pense me les procurer car j’aime beaucoup ce rapport à la nature qui lui est cher. Bref ici c’est un peu l’ambiance Montessori-Mason et une grosse dose d’apprentissages autonomes. Ted bel article en tout cas.

  5. Eloïse
    5 septembre 2016 at 11 h 46 min

    Je n’ai pas d’enfant, mais vivant à Paris et travaillant toute la journée je ne vois pas comment je pourrai appliquer les principes de C. Mason concrètement. Je sais que je travaillerai moins si j’avais des enfants mais je doute que le temps en extérieur puisse dépasser l’heure. Pourtant je suis entièrement d’accord sur le fait que passer du temps dehors, dans la nature est important. D’ailleurs c’est ce que je fais en vacances, mais au quotidien c’est compliqué. Et pour l’anecdote, en Islande il y a un dicton qui dit « il n’y a pas de mauvais temps, juste de mauvais vêtements »! :-)

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