Education is an atmosphere

Tous les pédagogues le disent, que ce soit Maria Montessori, Loris Malaguzzi (pédagogie Reggio), Rudolf Steiner ou bien sûr Charlotte Mason, l’atmosphère fait partie intégrante de l’éducation donnée à l’enfant. Dans les écoles d’inspiration Reggio, il est même dit que l’atmosphère, l’environnement dans lequel évolue l’enfant, est le 3e professeur. Mais finalement ceux qui m’ont le plus inspiré, ce sont eux, des étudiants en design d’espace que j’ai eu l’opportunité de rencontrer à plusieurs reprises durant l’année écoulée.

C’était au début de l’été, j’étais assise sur le canapé, assommée de fatigue avec un coloc’ plutôt en colère et les enfants me tournaient autour, en grande forme, eux. Les jouets s’amoncelaient dans le salon, le bruit devenait carrément insupportable et aucune pensée cohérente ne parvenait plus vraiment à se former dans mon esprit. C’est à ce moment là que je me suis dit STOP, il faut que cela change… J’ai donc passé les jours suivants à réfléchir, et c’est à ce moment là que me sont revenues des conversations que j’avais eu avec ces étudiants dont le travail est de réfléchir aux espaces. Alors bien sûr on parle de design d’espace, mais ce n’est pas la « Valérie Damidot’s Masterclass » 😉

Le travail qu’ils mènent est vraiment très intéressant puisqu’ils s’intéressent à un espace (son histoire, sa configuration spatiale, son implantation, etc…) et cherchent à lui (re)donner vie. Leur but est donc de transformer les espaces pour les rendre plus vivants et surtout leur (re)donner une fonction. Pourquoi je vous raconte tout cela? Tout simplement parce que ça a été la clé de voûte de nos réaménagements de cet été. Je n’ai pas réfléchi en terme de mètres carrés, de disposition des meubles ou d’esthétique, mais tout simplement de fonction. Et petit à petit, redessiner nos espaces m’a amené à définir mieux notre « projet pédagogique » (youhou j’en ai un 😉  mais je tiens à préciser que j’abhorre totalement ce mot, comme si mes enfants faisaient partie d’un vaste projet…).

De mes réflexions sont ressortis quelques mots qui se coulent les uns dans les autres pour former une cohérence et entrer en résonance avec notre projet de vie. Silence, concentration, utilité, connaissance, travail, création. Retrouver le silence pour arriver à se concentrer, se centrer sur soi, pour trouver sa place, son utilité. Amener la connaissance et inviter chacun à en festoyer pour l’intégrer dans son travail quotidien. Et bien sûr le maître mot, créer, puisque c’est ce cette capacité ultime qui fait de nous des êtres humains.

Alors j’ai d’abord ramené le silence, en enlevant tous les jouets présents dans les pièces de vie commune. Ceux-ci se retrouvent dans les chambres, où les enfants peuvent en profiter en toute quiétude, laisser des constructions inachevées se poursuivre des jours durant sans déranger quiconque, et se raconter leurs petites histoires sans grandes oreilles indiscrètes dans les environs. Pour ceux qui se le demanderaient, à 4 et 5 ans, Isaac et Sohan ne ressentent plus le besoin d’être à nos côtés pour jouer et apprécient beaucoup la confidentialité de leur espace personnel pour donner corps à tout ce qui peuple leur imagination. J’ai donc transformé la salle de jeu attenante au salon en Coin Lecture.

Dans cette pièce c’est bel et bien le silence, la concentration, la connaissance et la création qui se côtoient. Bandes dessinées et revues aux histoires comiques et colorées sont dos à dos avec de plus sérieux romans sans trop d’images. Les albums jeunesses amènent de la gaieté là où les documentaires apportent du grain à moudre aux cerveaux en ébullition. Dans cette pièce les garçons peuvent aussi écouter des livres audio, assis sur le tapis ou bien dans le rocking chair, à côté duquel ils retrouvent leurs paniers à ouvrage. Car qui n’aime pas tricoter en écoutant un bon livre? Isaac ne vous dira sûrement pas le contraire! Sur la dernière photo je vous ai aussi mis nos livres utilisés actuellement lors de nos « thés poétiques » (#poetryteatime).Et bien sûr, le mur de géographie qui occupe une grande place, parce que lire c’est avant tout voyager et découvrir le monde.

Et comme pour garder cette continuité intellectuelle,  le coin lecture s’ouvre sur le salon, pièce commune à toute la famille où les livres gardent une bonne part.

Car lire est le fondement de notre culture familiale, nous avons choisi de mettre en avant les livres saisonniers des enfants sur notre « table des saisons ». Très épurée elle aussi, elle invite simplement à profiter de chaque moment de la belle saison qui s’offre à nous. Regarder un livre sur le bord de mer, mais surtout manipuler des coquillages, écouter l’océan en les collant contre notre oreille et bien sûr, regarder les vertes collines de la Vallée Perdue qui déroule ses couleurs profondes de l’été. De l’autre côté, tout près du canapé (pour être bien installé) ou de la table basse (pour ouvrir et regarder à plusieurs les grosses encyclopédies), les ouvrages de références, des petits comme des grands. Avec bien sûr le dictionnaire et les traditionnelles encyclopédies, mais aussi des guides natures, des précis d’anatomie (animale pour le moment), etc… A venir, la superbe « leçon de choses » de Deyrolle que les plus grands apprécient déjà dans ce très beau volume au commentaire scientifique très intéressant. Ces livres sont constamment consultés, feuilletés et discutés en famille car c’est bien là l’un des fondements de notre culture familiale. Sur le haut de l’étagère, on retrouve la petite boite avec tous nos livres « d’écoles » que je vous ai pris en photo plus précisément en bas. Ces ouvrages nous accompagnent pour certains seulement quelques jours ou semaines, d’autres chemineront avec nous toute l’année.

Et parce qu’il ne faut pas qu’éduquer la tête mais aussi la main et le coeur, le salon s’ouvre sur l’atelier, l’espace créatif d’Isaac et Sohan.

Au centre de cette pièce, le plus important, un grand espace vide. Car c’est de la page blanche que prend corps notre créativité. Une grande place pour dessiner, peindre, faire de l’argile ou des constructions en toute sorte de matériaux. Ces derniers sont disposés tout autour, à la manière d’un buffet sur lequel les garçons peuvent se servir à volonté. Il y a des espaces collectifs avec le mur de peinture et les fournitures situées sur et sous la petite table noire, mais aussi des espaces individuels avec les bureaux et étagères de chacun. Car l’éducation est à la fois une science de relations et un processus intérieur qui appartient à chacun. Apprendre à s’exprimer avec les autres, partager l’espace, collaborer; mais aussi pouvoir s’enfermer dans se bulle et travailler à matérialiser nos envies les plus profondes. Le mur de peinture est bien sûr le point d’orgue de cette conjonction, espace partagé qui a pour but avant tout l’expression individuelle. Sur la dernière étagère prise en photo, de quoi occuper les petites mains, car le travail manuel est pour l’enfant une source constante d’émerveillement et un nécessaire entraînement. En haut les garçons peuvent retrouver l’agenda ainsi que leurs journaux, puisque se repérer dans le temps c’est avant tout inscrire progressivement son histoire au sein de celle de l’humanité et de l’univers tout entier.

Enfin, repartons dans l’autre sens, retraversons le salon, le coin lecture, pour arriver dans la cuisine. Celle-ci n’est en rien moderne ni même belle mais elle est pourtant le cœur de notre maison. En son centre, un grand plan de travail vide (enfin là sur la photo il y a une yaourtière, mais celles-ci ne sont là que la nuit) qui m’invite à la créativité, mais incitent aussi les petites mains à la manipulation, l’émerveillement et la découverte. Sur un coin du mur, un planning des petits-déjeuners, toujours pour bien s’inscrire dans le temps qui passe mais aussi garantir la sérénité de tous.

Et voilà la boucle bouclée. La tête, la main et le cœur se nourrissent de ces espaces qui invitent à la création, la concentration, l’introspection et nous ouvrent sur le monde par la connaissance. Notre maison respire mais nous permet avant tout de le faire, d’articuler nos journées entre l’inspir (l’intériorité par la création personnelle et la réflexion) et l’expir (l’ouverture au monde par la connaissance et le travail collaboratif). Ces espaces ne sont pas simplement des pièces de notre maison, mais notre manière de voir le monde qui se matérialise. Et pour en revenir à l’éducation, ces aménagements deviennent un véritable professeur, celui qui transmet les valeurs prépondérantes de notre culture familiale et de notre statut de citoyen du monde.

Voilà pour le troisième volet de cette suite d’articles consacrés à la pédagogie Charlotte Mason. Toutefois celui-ci, au contraire du premier et du deuxième,  ne parle pas stricto sensu de cette pédagogie mais est plutôt une application concrète de sa philosophie, à notre manière bien sûr. Si vous aussi avez des réflexions à partager sur l’organisation de vos espaces ou des liens vers vos propres articles de blog à ce sujet, je serai ravie d’échanger avec vous dans les commentaires.

Pour finir, je souhaite remercier chaleureusement les étudiants du DSAA qui m’ont apporté un éclairage nouveau et une vision beaucoup plus globale des choses. Si jamais je m’étais trompée sur les tenants et aboutissants de votre formation, n’hésitez pas à m’en faire part si par hasard vous lisez cet article.

Je vous souhaite à tous une très belle semaine!

 

  Un commentaire de “Education is an atmosphere

  1. 25 septembre 2016 at 10 h 18 min

    Oh, j’adore voir les aménagements des autres. Les vôtres sont très sympas : le coin lecture apaisé invite à se poser, le salon cosy, la cuisine ouverte (j’aime beaucoup le tableau des petits déjeuners, une bonne idée !)
    Et Oooooh, ce rouet <3.

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