Beauté et violence de la nature

C’est assez fatiguée mais heureuse que je reviens vers vous cette semaine. Vendredi ma très chère Bruyère – qui aime particulièrement les caresses sous le menton – a mis bas deux beaux agneaux. Malheureusement l’agnelage a été un peu difficile et elle a refusé l’un de ses deux bébés. C’est assez impressionnant d’ailleurs de voir les brebis tant protéger que rejeter avec violence. Si son agneau non désiré s’approche d’elle, elle le chasse vigoureusement en lui donnant de grands coups de tête. La nature n’est pas tendre mais plutôt brute et sauvage, ce sont des périodes comme celles-ci qui m’aident à m’en souvenir. Mais je trouve aussi que c’est cette violence et cette implacabilité qui la rend si belle. Nos animaux ne font pas semblant, ils se laissent guider par leur instinct et sont là pour me rappeler que j’en ai un aussi!

Il a donc fallu d’abord que je force Bruyère à allaiter le petit agneau deux fois pendant les 24 premières heures afin que le petit bout prenne le précieux colostrum qui est son assurance vie. Passé ce délai, j’ai pu lui donner du lait artificiel et fort heureusement, parce qu’attraper ma chère brebis pour la forcer à faire quelque chose que tout son être rejette n’a pas été agréable pour elle comme pour moi (et plutôt sportif 😉 ). Bien sûr, donner le biberon à un agneau est un acte vraiment agréable, mais quelle tristesse de le voir rejeté par toutes les brebis (car il a bien essayé de se faire adopter ailleurs, le petit malin!).  A essayer de prendre du lait là où il peut, il a eu plus que son content de coups de têtes et de sabots ces trois derniers jours. Me voilà donc depuis vendredi au pré toutes les quatre heures et la météo (avec jusqu’à -16° la nuit de vendredi) n’a pas été de mon côté.

Plusieurs personnes dans ma famille et dans le quartier m’ont félicité pour mon courage et mon travail. Ces attentions me font toujours chaud au coeur, car cela me rappelle que je suis soutenue et c’est très important pour moi. Pourtant je ne pense pas mériter ces compliments. Ces derniers jours sont assez intenses mais surtout tellement riches. Oui je suis fatiguée, mais pourtant quel bonheur d’être avec mes bêtes! Je n’échangerai ma place pour rien au monde. Est-ce qu’il faut du courage pour faire ce que l’on aime? Je ne le crois pas… De la volonté et de la conviction, probablement (surtout quand le réveil sonne à 3h30 pour le biberon 😉 ). Mais du courage? Je ne le pense pas. Le courage pour moi c’est de faire les choses qui s’imposent, qu’elles nous soient agréables ou non. Je ne sais pas si je possède cette qualité. Par contre je sais que je les aime ces boules de laine et je suis persuadée que mon rôle est de leur donner la plus belle vie possible le temps qu’elle durera. Que ce soit long – pour mes brebis – ou plus court -pour les agneaux. L’ironie de ce que je vis ne m’échappe absolument pas. Je lutte pour la survie d’animaux voués au sacrifice, je donne tout mon amour à des bêtes que j’amènerai moi-même au lieu de leur fin. Et pourtant cela revêt énormément de sens pour moi. La nature pour moi s’exprime ici dans toute sa beauté et sa splendeur. Non pas dans une esthétique de conte de fée, mais plutôt dans une réalité brute et sans concession. La nature fait tout avec excès, elle aime et elle tue dans la violence. Elle trouve son cycle achevé dans la vie et dans la mort. Et faire partie de ce grand tableau est pour moi un bonheur intense, violent et infini. Lorsque tôt le matin j’admire la voie lactée, je ressens au même moment la morsure du froid. Lorsque le petit agneau boit son biberon, je me réjouis de ce spectacle tout en étant attristée par son existence orpheline. Pendant qu’il me renifle et me tête les doigts, je sens ses mâchoires pincer mes gerçures et mes crevasses. Chaque jour pour moi, bonheur et violence dansent ensemble la terrible chorégraphie de la nature. Et je ne me sens ni courageuse ni forte, je me sens simplement une danseuse maladroite et gauche qui fera tout pour progresser.

 De notre côté, avec les garçons nous avons bien profité du climat de ces derniers jours. Glissades et batailles de boules de neige ont été au programme et ont un peu ralenti notre rythme scolaire. Et c’est d’ailleurs ce que j’apprécie énormément avec l’instruction en famille. Nous choisissons nous même comment nous souhaitons gérer notre temps et nous adaptons pour cela totalement aux rythmes de la nature. Les agnelage et la neige ont un peu réduit notre temps « scolaire », mais nous aurons largement le temps de nous rattraper quand les journées seront pluvieuses ou caniculaires! Pour rester dans l’ambiance nous avons commencé à lire « Croc-Blanc » que les garçons adorent. Eux aussi semblent se délecter de cette nature belle et violente. Par contre l’édition que j’ai commandée (celle que j’ai mise en lien) est malheureusement une version simplifiée, c’est à dire qu’il manque certains extraits. Si j’avais su je n’aurai pas commandé celui-ci, mais maintenant que j’ai commencé à le lire les garçons ne veulent pas patienter jusqu’à ce que je commande le texte intégral. Bien sûr, cela reste tout de même fidèle à l’oeuvre de départ puisque ce sont surtout de longues descriptions qui ont été raccourcies. A côté de cela nous lisons « Le petit monde de Charlotte » de E.B White, un livre qui lui aussi soulève indirectement les problématiques éthiques liées à l’élevage, très bien écrit et adapté à de jeunes lecteurs. Notre album en anglais est « Bear snores on« , rien de mieux qu’une histoire d’ours qui hiberne pendant cette période de l’année! Enfin, nous avons bien entamé « Harry Potter et la chambre des secrets » que le père-noël a bien voulu mettre dans les souliers à Isaac, accompagné de deux beaux livres de coloriage. Il est d’ailleurs devenu un fan inconditionnel de Harry et je pense que nous ne mettrons pas très longtemps à le finir (et le recommencer, probablement 😉 ).

Enfin, cette semaine j’ai eu le temps malgré tout de réaliser notre galette des rois et surtout la pâte feuilletée. Et je vais faire comme tous les gens sur les autres blogs et vous dire que franchement, elle ne mérite pas sa terrible réputation. C’est vrai que c’est assez long à faire, mais c’est loin d’être difficile et le goût est incomparable. Après cela il est hors de question pour moi de racheter une pâte du commerce! En plus j’ai pu faire des petits palmiers pour le goûter d’aujourd’hui avec les chutes, Fred les a quasiment tous mangés! Pour la galette par contre cela n’a pas été totalement réussi. Elle s’est ouverte sur le dessus (probablement une trop grosse couche de frangipane) et le dessous en pâte était trop épais. Bon elle a quand même été très appréciée par les petits et les grands! Je pense essayer d’en refaire une à la pomme à la fin du mois. Cette semaine pour moi le challenge va être de taille puisqu’Isaac m’a commandé un mille-feuilles pour son anniversaire. Heureusement je me suis achetée LA bible de la pâtisserie, et grâce à Christophe Felder, un enfant de la Vallée qui plus est, je devrai y arriver! A côté de cela, je me suis lancée dans la préparation d’une marmelade de clémentines, inspirée par ce billet de blog. Pour la recette par contre j’ai choisi de suivre celle de Christine Ferber, alsacienne et chauvine jusqu’au bout des ongles que je suis 😉 Cette marmelade est assez longue à faire puisqu’elle est portée à frémissement puis laissée à macérer deux nuits. J’ai hâte de voir et goûter une toute petite lichette du résultat!

Sur ces paroles plutôt gourmandes je vous abandonne pour aller retrouver mon petit agneau pour le dernier biberon de la soirée. Je vous souhaite une très belle semaine et vous donne rendez-vous semaine prochaine avec des photos du 6e anniversaire de notre grand bonhomme. Préparez-vous à un billet larmoyant, rempli d’un subtil mélange de fierté et de nostalgie comme seules les mamans savent le faire!

 

 

 

  6 commentaires de “Beauté et violence de la nature

  1. 9 janvier 2017 at 11 h 51 min

    Nadège tu veux pas devenir ma maman ? On vient de vivre notre première inspection et je mangerai bien un bout de ta trop belle galette pour me réconforter en écoutant tes lectures ^^ être un enfant c’est bien quand même. Je t’embrasse, la vie reste tellement belle, merci pour tes petits bouts de vie, ils me remontent le moral !

    • 9 janvier 2017 at 15 h 01 min

      Hi hi quand tu veux pour un petit goûter et un bon livre 😉 J’espère que ça s’est bien passé et puis de toute façon, que ça soit allé ou non, pour te remettre de tout ça tu as besoin de filer dans une pâtisserie te faire plaisir!! Si tu avais été proche je t’aurai fait un bon gâteau :) Merci en tout les cas pour ton commentaire et n’oublie pas que quel que soit ce qui est arrivé aujourd’hui demain est un autre jour! Je pense à toi, bisous

  2. Nome nome
    10 janvier 2017 at 13 h 32 min

    toutes les 4h de jour comme de nuit… olala c’est comme avoir un petit 3ème !! 😉
    Ils sont tout mignons ces agneaux.
    Tes palmiers ont l’air délicieux, ça me donne envie de me lancer, tu me fileras le lien de la recette que tu as suivi par mail?
    Et toute cette neige ça me laisse rêveuse…
    Bon préparatif des 6 ans de Isaac. Bisous les amis

    • 11 janvier 2017 at 14 h 58 min

      Non t’inquiètes, la nuit c’était juste les 3 premiers jours! Là il boit quasi 300 ml 4 fois par jour (7h/12/16h/20h), mais du coup pas moyen de quitter la vallée perdue très longtemps!!

  3. 15 janvier 2017 at 23 h 15 min

    J’arrive sur ton espace un peu par hasard …et j’en suis ravie :-)
    Tout est beau ici !
    Nous avons aussi quelques moutons, et c’est grâce à eux que j’en suis arrivée à filer, puis à tisser, un grand bonheur.
    Tes aventures avec les bébés moutons nous les vivons régulièrement. C’est étrange de voir une brebis rejeter son petit. Notre solognote « Chaussette  » a refusé deux années de suite ses petits, et là ce we elle a donnée naissance à deux agneaux … qu’elle laisse téter …victoire :-) ouf !
    L’année dernière une autre brebis charolaise avait adopté le bébé de Chaussette. on s’était rendue compte de cela plusieurs jours plus tard, le petit était un solognot et pas un charolais … c’était très marrant et surprenant.

    • 17 janvier 2017 at 18 h 05 min

      C’est chouette quand les autres brebis adoptent les agneaux! Ici le pauvre petit a été rejeté par toute… merci pour ton commentaire, ça me fait plaisir d’être lue par une autre amoureuse de solognotes. Elles sont tellement vives et intelligentes!
      C’était mon premier agnelage et je suis épuisée, j’aimerai déjà en être comme toi aux suivants pour avoir un peu plus confiance que cela en ma vision des choses et en mes décisions! En tout les cas un grand merci d’être passé par ici et à bientôt je l’espère!

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