A toi, si chère Vallée…

Énormément de choses ont changé pour nous ces dernières semaines à la Vallée Perdue et il est pour moi difficile de savoir par quoi commencer cet article… Suite à une nouvelle opportunité professionnelle pour Fred nous avions décidé de déménager, et c’est dans ce cadre que nous nous sommes séparées de nos chères brebis. Bien sûr elles vont toutes très bien ainsi que leurs agneaux, elles sont simplement reparties dans le Cher, profiter de pâturages plus gras et de températures plus clémentes. Pour moi cette séparation a été un véritable déchirement. C’est mon rêve auquel je mettais un point final. C’est un peu de moi-même que je laissais là-bas avec elle. C’est le cœur lourd que je suis revenue, mais aussi l’esprit libéré. Mon état de santé s’est dégradé cet hiver et se séparer des brebis est pour moi une opportunité de prendre du temps pour moi. D’ici quelques jours je débuterai un traitement long par immuno-suppresseur qui donne de bons résultats pour la maladie de Crohn. D’accord ou pas, le coloc’ va devoir mettre pas mal d’eau dans son vin, en tout cas je l’espère. Mais c’est un traitement plutôt lourd et je vais avoir besoin de toutes mes forces pour mener cette bataille.

Je revenais l’esprit libéré mais pas tout à fait tranquille. Parce que la Vallée Perdue, je ne voulais pas la quitter et Fred non plus… Alors nous avons décidé de faire machine arrière et de rester. Décision récente, prise ce week-end, mais avec notre cœur. La Vallée Perdue pour nous c’est bien plus qu’un bel endroit,  une jolie carte postale. C’est notre chez nous, notre foyer. Nous y sommes arrivés il y à quatre ans, si différents de ce que nous sommes aujourd’hui! Je suis venue avec mes idées reçues, je m’en suis construite de nouvelles… Et aujourd’hui je suis enfin capable de tout déconstruire pour ne garder que l’essentiel. Quand les brebis sont parties, j’ai cru m’être perdue, je ne savais plus qui j’étais. Et pourtant, au fond de mon cœur, je sais bien qui je suis. Cela ne dépend pas de ce que je fais, de mon activité, de ce que je produis. Je ne suis pas gardienne de troupeau, je ne suis pas maman-pratiquant-l-instruction-en-famille, je ne suis pas éleveuse de lapin angora, je ne suis pas fileuse de laine, je ne suis pas une tricoteuse… Je suis joyeuse, passionnée, entêtée, dispersée mais d’une matière plutôt organisée, polyvalente, multi-tâche. J’aime être avec mes enfants, travailler la laine, jardiner, parler de mes idées et échanger. Mais surtout ce que je suis, j’aime le faire ici, dans cette nouvelle famille que nous nous sommes construite. Nos voisins sont devenus des amis avec qui nous partageons bien plus qu’un bout de forêt. La Vallée Perdue c’est une ambiance, beaucoup de soutien, une vue à couper le souffle et c’est surtout chacune des personnes qui l’habitent. C’est une mosaïque de paysages et de personnages. C’est un lieu de souvenir où passé et présent se mêlent pour lui donner cette touche unique. Ce sont des relations trans-générationnelles qui nous permettent d’y vivre notre vie moderne, tout en gardant ce qui est bon du passé. Fred et moi l’appelons la Vallée Perdue, mais c’est pourtant elle qui nous a permis de nous trouver. Nous ne nous voyons pas la quitter, nous voulons y rester et continuer de construire. Différemment, sans les moutons, mais de manière à continuer à nous inscrire dans la vie et le paysage de ce lieu qui nous est si cher et qui fait maintenant partie de nous.

Dimanche la Vallée a perdu l’un de ses membres, quelqu’un qui durant les quatre ans que nous avons passé ici a fait son chemin dans notre cœur. Je l’ai si souvent croisé en allant voir les brebis! Quasiment chaque jour nous avons échangé quelques paroles brèves mais toujours chaleureuses. Il laisse derrière lui son épouse et une grande famille dont le chagrin est à la mesure de la belle personne qu’il était. Et c’est aussi cela, la vie dans la Vallée. Accepter qu’elle fasse place à la mort. Soutenir, même si on ne peut pas faire grand chose, ceux qui traversent des moments difficiles.

Partager la joie et la tristesse, vivre ensemble et construire, voilà ce qui est important pour nous, voilà pourquoi nous ne pouvons pas partir. Vallée Perdue, tu n’es pas prête de te débarrasser de nous!

Je vous souhaite à tous une très belle semaine!

  5 commentaires de “A toi, si chère Vallée…

  1. Epp
    5 avril 2017 at 21 h 00 min

    Comme c est si bien écrit et comme je suis heureuse de ne pas devoir me séparer de mes voisins qui sont devenus bien plus que des amis c est une nouvelle famille du coup cette semaine à été beaucoup plus légère pour moi . Heureuse de continuer à vivre des moments forts en votre compagnie je vous souhaite de belles années à venir dans notre belles vallée .

    • 6 avril 2017 at 10 h 58 min

      Hi Hi merci beaucoup! Contente que ça ai aidé ton moral, et surtout heureuse de rester avec vous pour les années à venir!!

  2. nadia
    11 avril 2017 at 23 h 02 min

    Coucou Nadège,
    Je suis très contente que vous restez à Natzwiller
    et te souhaite beaucoup de courrage pour affronter ton nouveau traitement.
    De tout coeur avec vous
    Bisous
    Nadia

    • 12 avril 2017 at 10 h 10 min

      Merci beaucoup pour ton message! Ta maman m’a dit que tu étais très occupée et j’imagine bien que tous ces marchés de printemps doivent être épuisants! Alors bon courage à toi et fais moi signe si tu es à la Vallée Perdue, histoire qu’on prenne un petit café!

  3. 14 avril 2017 at 18 h 15 min

    Coucou Nadège, que je te comprends. Pour moi chaque déménagement est un déchirement même si derrière se profilent de nouvelles expériences, de nouvelles rencontres,etc. C’est laisser derrière soi ce qu’on a construit, des gens qu’on aime, des projets, un semblant de stabilité,… Je suis heureuse pour vous et te souhaite plein de force pour ce nouveau traitement. Bisous !

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